Publié le 18 mai 2024

En résumé :

  • Visiter Fès sans guide ne consiste pas à accepter de se perdre, mais à apprendre à lire la logique cachée de la médina.
  • Connaître les différences architecturales et d’ambiance entre Fès el-Bali (organique) et Fès el-Jdid (planifiée) est la première clé de l’orientation.
  • Les arnaques classiques comme le « Fès est fermé » se désamorcent facilement avec quelques phrases en darija et en comprenant la psychologie des rabatteurs.
  • La véritable expérience culinaire fassie se trouve dans les échoppes de quartier et les fours traditionnels (ferrane), loin des menus pour touristes.

L’idée de plonger dans les 9 400 ruelles de Fès el-Bali a de quoi intimider. L’image d’un labyrinthe sans fin où chaque tournant est une invitation à se perdre ou à tomber sur un rabatteur insistant est tenace. Beaucoup de guides vous diront que se perdre fait partie du charme. C’est vrai, mais c’est aussi un peu facile. En tant qu’étudiant en architecture vivant ici, je vois les choses différemment. La médina n’est pas un chaos, c’est un organisme vivant avec sa propre grammaire, ses propres codes.

Les conseils habituels se limitent souvent à « dire non fermement » ou à « suivre le flot ». Mais si la véritable clé n’était pas de subir la médina, mais d’apprendre à la lire ? Comprendre pourquoi une ruelle tourne en chicane, pourquoi le bruit des marteaux sur le cuivre s’intensifie ici, ou pourquoi un plat est servi uniquement pour les fêtes change complètement la perspective. On ne passe plus d’un point A à un point B en espérant ne pas se faire avoir, on décode un récit urbain millénaire.

Cet article n’est pas un simple catalogue de monuments. C’est une boîte à outils pour transformer votre appréhension en fascination. Nous allons voir comment distinguer les quartiers historiques, comment accéder aux meilleures vues sans pression, comprendre la valeur de l’artisanat, désamorcer les arnaques les plus courantes avec sérénité, et surtout, trouver où goûter à l’âme de Fès, celle qui se cache dans une simple soupe matinale ou un pain tout juste sorti du four de quartier. Préparez-vous à ne plus voir Fès el-Bali comme un labyrinthe, mais comme un livre ouvert.

Pour vous guider dans cette exploration, cet article est structuré pour vous donner, étape par étape, les clés de lecture de la plus fascinante des médinas marocaines. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer entre les différents aspects de cette immersion.

Fès el-Bali vs Fès el-Jdid : quelles différences d’ambiance entre les deux quartiers historiques ?

Pour commencer à lire Fès, il faut d’abord apprendre son alphabet. La distinction fondamentale entre Fès el-Bali (la vieille) et Fès el-Jdid (la nouvelle) n’est pas qu’une question de date, c’est une différence de philosophie urbaine. Fès el-Bali, fondée au 9ème siècle, est une médina organique. Elle a grandi comme une forêt, avec des ruelles (derbs) qui s’entrelacent, des impasses et des entrées en chicane conçues pour protéger l’intimité et briser les vents du désert. C’est le cœur spirituel et artisanal, là où les quartiers se sont formés autour des communautés, comme le quartier Al Quaraouiyine pour les migrants de Kairouan et Al Andalous pour les réfugiés d’Espagne.

Fès el-Jdid, fondée bien plus tard en 1276 par la dynastie mérinide, répond à une autre logique : celle du pouvoir. Construite pour abriter le palais royal (Dar al-Makhzen) et les garnisons militaires, son tracé est plus rectiligne, ses rues sont plus larges. C’était le centre administratif et militaire, ce qui explique son urbanisme plus planifié. La différence la plus frappante pour le visiteur se trouve peut-être dans son Mellah (quartier juif). Contrairement à l’introversion de l’architecture d’el-Bali, les maisons du Mellah d’el-Jdid présentent des balcons en bois et en fer forgé ouverts sur la rue, un signe d’une cohabitation et d’une esthétique différentes.

Apprendre à les distinguer est votre premier outil de navigation. À el-Bali, fiez-vous à vos oreilles : le son des marteaux sur le cuivre vous guide vers la place Seffarine. À el-Jdid, le bruit plus lointain de la circulation en périphérie vous rappelle que la ville moderne n’est pas loin. Comprendre cette dualité, c’est déjà ne plus être totalement perdu.

Tanneries de Chouara : comment accéder à la meilleure vue sans payer un « droit d’entrée » abusif ?

La vue sur les tanneries de Chouara, avec ses bassins colorés quasi médiévaux, est une image iconique de Fès. C’est aussi le théâtre d’une petite comédie touristique bien rodée. Des rabatteurs vous proposeront de vous guider vers « la meilleure terrasse » moyennant un pourboire qui se transforme vite en droit d’entrée pour une boutique de cuir. Dédramatisons : il ne s’agit pas d’une arnaque agressive, mais d’une économie parallèle. Et il existe des moyens simples d’en profiter sereinement.

La stratégie la plus efficace est d’ignorer poliment les sollicitations et de se diriger soi-même vers les entrées des grandes maroquineries qui entourent les tanneries. Ces boutiques possèdent toutes des terrasses panoramiques. L’accès est implicitement conditionné à un passage par le magasin. Personne ne vous forcera à acheter, mais la pression commerciale est réelle. Une autre approche, plus détendue, est de repérer les restaurants et cafés qui ont également des terrasses avec vue. Commander un thé à la menthe vous donne un accès légitime et sans pression à la même vue spectaculaire, pour un prix fixe et connu d’avance.

Si vous souhaitez descendre au cœur des bassins, sachez que c’est un lieu de travail actif, boueux et glissant. Des « gardiens » vous demanderont une petite somme, généralement autour de 10 à 15 dirhams (environ 1€), pour vous laisser circuler et prendre des photos. C’est un pourboire raisonnable pour accéder directement à la scène. Dans tous les cas, le fameux brin de menthe proposé pour masquer l’odeur forte est un classique, mais l’expérience sensorielle, aussi puissante soit-elle, fait partie intégrante de la visite.

Vue plongeante sur les bassins multicolores des tanneries de Chouara avec les artisans au travail

Comme le montre cette vue, le spectacle de ces artisans travaillant les peaux dans des cuves remplies de pigments naturels est saisissant. En choisissant votre point d’accès, vous transformez une potentielle source de stress en une simple transaction, vous permettant de vous concentrer sur la beauté brute de ce savoir-faire ancestral.

Cuir ou céramique : pourquoi Fès est-elle la capitale incontestée de l’artisanat marocain ?

Parler d’artisanat à Fès, c’est comme parler de la marée à l’océan : l’un ne va pas sans l’autre. La ville n’est pas juste un lieu de vente, c’est un écosystème de production où des savoir-faire millénaires se transmettent encore de maître (maalem) à apprenti. Ce n’est pas du folklore pour touristes, c’est le poumon économique de la médina. Pour s’en convaincre, un chiffre suffit : sur environ 200 000 habitants, on estime que près de 55 000 artisans travaillent dans la médina de Fès. C’est une densité unique au monde.

Cette vitalité s’explique par l’histoire. Fès a été un carrefour, un creuset où les savoirs locaux se sont mêlés aux influences andalouses, orientales et africaines. L’architecture elle-même est une vitrine de cet artisanat : zellige, plâtre sculpté (gebs), bois de cèdre ciselé… Chaque riad, chaque médersa est une démonstration. La médina, classée par l’UNESCO, n’est pas juste un ensemble de monuments, elle est reconnue pour la persistance d’un mode de vie et de compétences qui résistent à la modernisation.

Deux arts symbolisent Fès plus que tout autre : le travail du cuir, dont les tanneries de Chouara sont l’emblème, et la céramique, sublimée par le zellige bleu de Fès. Le cuir fassi est réputé pour sa souplesse et sa robustesse, utilisé pour les babouches, les sacs ou les poufs. La céramique, elle, est l’art de la patience et de la géométrie. Comprendre que derrière chaque objet se cachent des jours, voire des semaines de travail, par des artisans dont le statut social est immense, change radicalement notre regard. Ce n’est plus un souvenir, c’est un fragment d’une culture vivante.

Le syndrome du « Fès est fermé » : comment réagir face à cette arnaque classique de rue ?

C’est un classique, une sorte de rite de passage pour le voyageur non accompagné à Fès. Vous marchez d’un pas décidé vers une attraction, et un homme sympathique vous aborde : « C’est fermé aujourd’hui, mon ami. Jour de prière / C’est par là-bas la tannerie / Cette rue est un cul-de-sac pour les touristes. » C’est le syndrome du « Fès est fermé ». Le but n’est pas de vous voler, mais de créer de la confusion pour vous rediriger vers la boutique d’un cousin ou vous proposer ses services de guide non officiel.

La panique ou l’agressivité sont les pires réactions. La meilleure est de comprendre la mécanique et de la désamorcer avec un sourire et un peu d’aplomb. Voici les techniques qui fonctionnent :

  • La vérification passive : Si quelqu’un vous dit qu’une rue est bloquée, observez. Si des locaux, des femmes, des enfants l’empruntent, elle est ouverte. Un simple « Merci » (« Choukran ») en continuant votre chemin suffit souvent.
  • La technique du « Kolchi mehloul » : Répondre avec un sourire assuré « Kolchi mehloul, baraka Llahu fik » (Tout est ouvert, que Dieu te bénisse) est un signal fort. Vous montrez que vous connaissez le stratagème, le tout avec politesse. L’effet est immédiat.
  • La fausse destination : Si on vous demande où vous allez, donnez une destination improbable ou une rue de l’autre côté de la médina. Le rabatteur, dont le circuit est optimisé pour les zones touristiques, sera déstabilisé et vous laissera tranquille.

Cette interaction, loin d’être dangereuse, est un jeu. Le témoignage d’une voyageuse résume bien l’état d’esprit à adopter :

Je marchais solo, même dans certains quartiers qui ‘craignaient’ (…) et les gens m’ont aidé. Je ne me suis pas faite arnaquer une seule fois (ma plus grande fierté au Maroc).

– Pauline, Les Pauline

Votre plan d’action : repérer les faux signaux

  1. Points de contact : Identifiez les carrefours très fréquentés par les touristes (près de Bab Boujloud, Place Seffarine) où les rabatteurs opèrent le plus.
  2. Collecte d’infos : Avant de croire à une « rue fermée », observez le flux des passants. Y a-t-il des habitants qui l’empruntent ?
  3. Cohérence du discours : Confrontez l’information à la logique. Un monument majeur est-il vraiment fermé un mardi à 11h ? Vérifiez les horaires officiels sur votre téléphone.
  4. Mémorabilité de l’approche : Repérez les phrases génériques (« Hey my friend! », « Which country? ») qui signalent une approche non spontanée.
  5. Plan d’intégration : Préparez votre réponse-clé (« Kolchi mehloul… ») pour la déployer calmement et poursuivre votre chemin sans hésitation.

Manger à Fès : où trouver la cuisine fassie traditionnelle loin des menus touristiques ?

À Fès, la meilleure cuisine n’est pas toujours celle des restaurants aux cartes multilingues. L’âme de la gastronomie fassie, réputée comme la plus raffinée du Maroc, se cache dans les échoppes modestes, les marchés et les interactions du quotidien. Pour la trouver, il faut oublier l’idée du repas assis en trois services et adopter une démarche de « grignotage initiatique ».

Le parcours d’un Fassi commence le matin. Près des portes de la médina comme Bab Boujloud, cherchez les petites échoppes fumantes servant la Bessara, une soupe épaisse de fèves séchées, arrosée d’huile d’olive et de cumin. Pour quelques dirhams, c’est le petit-déjeuner des travailleurs, nourrissant et délicieux. À midi, oubliez le couscous (plat familial du vendredi) et plongez dans les ruelles animées pour un sandwich de Makouda, des galettes de pommes de terre frites et épicées, servies dans du pain frais. Le soir, l’ambiance change et les charrettes ambulantes apparaissent, proposant des bols d’escargots (Babbouche) dans un bouillon parfumé.

Mais le secret le mieux gardé de la vie de quartier est le Ferrane. Ce four à bois public est le cœur social de chaque pâté de maisons. Les familles y apportent leur pain à cuire, mais aussi leurs plats du jour, notamment le tagine, pour une cuisson lente et parfaite. Acheter son pain directement au Ferrane est une expérience en soi. Observer les habitants déposer et récupérer leurs plats, discuter avec le boulanger, c’est toucher du doigt l’authenticité participative. C’est souvent lors d’interactions spontanées, comme partager un thé à la menthe avec un vendeur, que l’on obtient les meilleures adresses, celles qui ne figurent dans aucun guide.

Four traditionnel de quartier (ferrane) avec ses pains dorés et les habitants apportant leurs plats

Ce four de quartier n’est pas qu’un lieu de cuisson ; c’est un point de rencontre, un lieu de vie qui rythme le quotidien de la médina. Y passer, c’est comprendre Fès de l’intérieur.

Pourquoi le vrai Zellige artisanal coûte 3x plus cher que la céramique industrielle ?

En vous promenant dans Fès, le Zellige est partout : sur les fontaines, les murs des médersas, les patios des riads. Ces mosaïques de carreaux d’argile émaillée créent des motifs géométriques d’une complexité fascinante. Vous trouverez aussi dans les souks de la céramique plus simple, aux motifs peints, beaucoup moins chère. Comprendre l’écart de prix, c’est comprendre la différence entre un art et un produit.

Le Zellige est l’art de la patience et de la « parfaite imperfection ». Tout est fait à la main, selon un processus qui n’a presque pas changé depuis des siècles. L’argile est extraite des carrières de Fès, malaxée, moulée en carreaux puis cuite une première fois. Après l’émaillage (le fameux bleu de Fès, mais aussi le vert, le jaune…), les carreaux subissent une deuxième cuisson. C’est ensuite que la magie opère : le Maalem Zelligeur dessine les motifs de mémoire sur les carreaux, puis les artisans découpent chaque petite pièce (appelée « furmah ») à l’aide d’un lourd marteau tranchant. Cette taille est précise, biseautée, pour que les pièces s’emboîtent parfaitement sans joint apparent. Le Maalem assemble ensuite des milliers de ces tesselles, à l’envers, sur le sol, comme un puzzle, avant que l’ensemble ne soit scellé dans du mortier.

Comme le dit un maître artisan, « Le Zellige est un puzzle où chaque pièce est taillée à la main et donc unique. C’est cette ‘parfaite imperfection’ qui crée la vibration de la surface ». Cette vibration, cette légère irrégularité qui capte la lumière, est la signature du vrai Zellige, impossible à reproduire industriellement. Le tableau suivant résume tout.

Cette comparaison, basée sur les savoir-faire reconnus par l’analyse patrimoniale de l’artisanat fassi, met en lumière le gouffre qui sépare les deux techniques.

Zellige artisanal vs Céramique industrielle
Critère Zellige Artisanal Céramique Industrielle
Temps de fabrication Plusieurs semaines (extraction, trempage, séchage, double cuisson, taille) Quelques heures
Méthode de travail Maalem travaille de mémoire sans plan, pose des milliers de tesselles à l’envers Production automatisée avec plans numériques
Perte de matière 40% de perte pour obtenir des arêtes biseautées parfaites Moins de 5% de perte
Unicité Chaque pièce (furmah) est unique, créant une ‘parfaite imperfection’ Uniformité totale des pièces

La différence de prix n’est donc pas une marge, mais la juste valeur du temps, du savoir-faire et de l’âme investis. Pour apprécier cet art à sa juste valeur, il est crucial de comprendre les raisons de son coût.

Pourquoi les Médersas marocaines sont-elles des chefs-d’œuvre d’architecture bien plus que de simples écoles ?

En déambulant dans le dédale de Fès el-Bali, les médersas apparaissent comme des oasis de silence et de beauté. Ces anciennes écoles coraniques, où logeaient les étudiants de la prestigieuse université Al Quaraouiyine, sont bien plus que des institutions éducatives. Ce sont des déclarations architecturales, des métaphores du paradis construites au cœur de la cité terrestre. Fès en a compté plus de 30 à son apogée, témoignant de son rôle de capitale spirituelle et intellectuelle.

Leur structure est presque toujours la même : une porte discrète s’ouvre sur une cour intérieure à ciel ouvert, organisée autour d’une fontaine ou d’une vasque. L’eau, symbole de purification et de vie, est l’élément central. Tout autour, les murs sont une débauche de Zellige, de stuc ciselé comme de la dentelle et de bois de cèdre sculpté, souvent orné de calligraphies coraniques. Les galeries et les étages supérieurs abritent les petites cellules où vivaient les étudiants, d’une sobriété monacale qui contraste avec la richesse ornementale des parties communes.

Cette architecture n’est pas gratuite. Elle est conçue pour élever l’esprit. Le calme de la cour invite à la contemplation, la fraîcheur de l’eau apaise, et la complexité infinie des motifs géométriques est une incitation à méditer sur l’unité et l’infini divin. La médersa Attarine, datant du XIVe siècle, est souvent considérée comme le chef-d’œuvre absolu de l’art mérinide à Fès. Plus intime que sa voisine Bou Inania, elle pousse le raffinement de l’art hispano-mauresque à son paroxysme. Chaque centimètre carré est un travail d’orfèvre. Visiter une médersa, c’est donc faire une pause dans le tumulte du souk pour entrer dans un espace où l’architecture elle-même devient un support de méditation.

Ces joyaux architecturaux sont une composante essentielle de l’identité de Fès. Pour saisir leur véritable portée, il est important de comprendre en quoi les médersas transcendent leur fonction d'école.

À retenir

  • La médina de Fès n’est pas un chaos, mais un système urbain avec une grammaire propre que l’on peut apprendre à déchiffrer.
  • L’authenticité ne se trouve pas dans les monuments isolés, mais dans l’interaction avec le tissu vivant de la ville : artisans, commerçants, et lieux de vie comme le Ferrane.
  • Connaître les codes sociaux et les « ficelles » locales (comme pour l’arnaque « Fès est fermé ») transforme la peur de l’inconnu en un jeu d’observation et de participation.

La Pastilla : comment ce feuilleté sucré-salé est-il devenu le plat de fête par excellence ?

Si vous êtes invité à une fête ou un mariage à Fès, il y a de fortes chances qu’une Pastilla monumentale trône sur la table. Ce plat emblématique, un grand feuilleté croustillant garni de pigeon ou de poulet, d’amandes, de cannelle et de sucre, est l’incarnation du raffinement de la cuisine fassie. Son caractère sucré-salé, surprenant pour un plat principal, raconte une histoire de migrations et de prestige social.

La Pastilla est un héritage direct de l’Andalousie. Lorsque les musulmans furent expulsés d’Espagne à la fin du XVe siècle, beaucoup trouvèrent refuge au Maroc, et particulièrement à Fès. Ils apportèrent avec eux leurs savoir-faire, leur musique, leur architecture, et bien sûr, leur cuisine. La Pastilla, avec sa complexité, son usage des amandes et du sucre dans un plat de viande, est l’un des trésors de cet héritage andalou. Elle est le symbole d’une culture aristocratique et sophistiquée que Fès a su préserver et magnifier.

Sa préparation est longue et méticuleuse. Elle exige des feuilles de pâte extrêmement fines (« warqa »), traditionnellement faites à la main, une farce longuement mijotée et un montage précis. C’est un plat qui demande du temps et des ingrédients coûteux. Par conséquent, comme le souligne une étude sur les plats de cérémonie fassis, « servir une Pastilla était et reste une démonstration de richesse et de générosité de l’hôte ». C’est un plat d’apparat, réservé aux grandes occasions, qui honore les invités. Déguster une Pastilla, ce n’est donc pas seulement manger, c’est participer à un rituel social et goûter à un pan de l’histoire qui lie Fès à l’âge d’or d’Al-Andalus.

Ce plat est plus qu’une recette, c’est un symbole culturel. Pour comprendre sa place dans le cœur des Fassis, il est essentiel de se remémorer comment la Pastilla est devenue ce plat de fête iconique.

Maintenant que vous détenez ces clés de lecture, la médina de Fès n’est plus un obstacle, mais un terrain de jeu pour l’explorateur curieux. L’étape suivante consiste à mettre en pratique ces connaissances et à vous laisser porter par votre intuition, désormais éclairée. Lancez-vous dans les ruelles, engagez la conversation au Ferrane, et savourez chaque découverte.

Rédigé par Karim Bennani, Historien de l'art et spécialiste du patrimoine architectural arabo-andalou avec 20 ans d'expérience. Ancien conservateur de musée à Fès, il décrypte les symboles culturels, l'architecture sacrée et les traditions spirituelles pour une compréhension profonde du Maroc.