
Penser qu’un Ksar est une simple forteresse ancienne est la première étape vers sa dégradation ; c’est en réalité un organisme vivant, fragile et complexe.
- L’architecture en terre n’est pas qu’esthétique : elle obéit à des lois physiques précises qui la rendent à la fois incroyablement résiliente à la chaleur et mortellement vulnérable à l’eau.
- Le financement de sa survie ne repose pas sur un simple ticket d’entrée, mais sur un écosystème délicat où chaque choix du voyageur a un impact direct.
Recommandation : Adoptez une « lecture architecturale » : apprenez à voir la fonction derrière la forme, la communauté derrière le mur, pour transformer votre visite en un acte de préservation conscient.
Face aux remparts ocres d’Aït Ben Haddou, le souffle se coupe. L’image est si puissante, si évocatrice d’un temps révolu, qu’elle semble éternelle. En tant qu’architecte passionné par la construction en terre, je vois au-delà de la splendeur : je vois un chef-d’œuvre de l’ingénierie bioclimatique, mais aussi un colosse aux pieds d’argile, littéralement. Le tourisme, s’il n’est pas éclairé, peut devenir l’érosion la plus rapide et la plus destructrice que ces murs aient jamais connue.
Beaucoup de guides bien intentionnés vous diront de « ne pas grimper sur les murs » ou « d’engager un guide local ». Ces conseils, bien que justes, restent en surface. Ils traitent les symptômes sans expliquer la maladie. Ils vous transforment en touriste respectueux, mais pas en voyageur conscient. La fragilité de ces citadelles de terre ne se résume pas à un mur qui s’effrite sous le poids d’un selfie. C’est une question d’équilibre hydrique, de physique des matériaux, de cohésion sociale et de micro-économie de la restauration.
Et si la véritable clé pour préserver ces trésors n’était pas de suivre une liste de règles, mais de comprendre la « mécanique de la fragilité » de ce que vous regardez ? Si, en comprenant pourquoi un mur en pisé craint la pluie plus que tout, vous deveniez instinctivement son meilleur protecteur ? C’est la promesse de cet article : vous donner les clés non pas pour visiter, mais pour lire, comprendre et ainsi activement participer à la sauvegarde de ce patrimoine unique.
Nous allons déconstruire ensemble les idées reçues. Nous analyserons la science derrière la construction en terre, les modèles économiques qui assurent sa survie, et les différences fondamentales qui façonnent ces paysages. Ce guide vous invite à changer de regard pour que votre passage ne soit plus une empreinte qui érode, mais une présence qui soutient.
Sommaire : Comprendre les citadelles de terre pour un voyage responsable
- Pourquoi les murs en terre crue résistent-ils à la chaleur mais craignent-ils tant la pluie ?
- Lumière rasante : pourquoi le coucher de soleil transforme-t-il la couleur des Ksars ?
- Entrée payante ou guide local : quel est le meilleur moyen de financer la restauration des lieux ?
- Ksar ou Kasbah : quelle est la différence fondamentale entre ces deux forteresses du désert ?
- Hébergement en pisé : est-ce confortable et sûr de dormir dans une maison en terre ?
- Kasbah d’hôtes dans le Sud : comment vivre l’hospitalité berbère sans geler la nuit en hiver ?
- Conduire dans l’Atlas et le Sud : comment aborder les routes de montagne marocaines en toute sécurité ?
- Road trip au Maroc : comment créer un itinéraire équilibré de 15 jours sans passer sa vie en voiture ?
Pourquoi les murs en terre crue résistent-ils à la chaleur mais craignent-ils tant la pluie ?
Le secret du pisé réside dans un paradoxe fascinant : sa plus grande force est aussi sa plus grande faiblesse. Tout est une question de densité et d’inertie thermique. Un mur en terre crue, souvent épais de 40 centimètres ou plus, agit comme une formidable masse thermique. Pendant les journées écrasantes de chaleur, il absorbe lentement les calories du soleil, empêchant la température intérieure de grimper. Le soir, lorsque l’air du désert se rafraîchit, le mur restitue doucement cette chaleur accumulée, maintenant une température agréable. C’est un système de climatisation passif d’une efficacité redoutable, fruit de siècles d’observation.
Cependant, cette même terre, si dense et compacte, est extrêmement vulnérable à l’eau. Contrairement à la pierre ou au béton, la terre n’est pas imperméable. La pluie, surtout si elle est battante et prolongée, sature le matériau. L’eau s’infiltre par capillarité, dissolvant l’argile qui sert de liant. Le mur perd sa cohésion, gonfle, puis s’affaisse sous son propre poids. L’érosion à la base des murs, causée par les éclaboussures et le ruissellement, est l’ennemi numéro un. C’est pourquoi vous remarquerez souvent que les fondations sont en pierre, une protection vitale contre cette « remontée capillaire ». Un Ksar peut traverser un siècle de sécheresse, mais quelques saisons de pluies exceptionnelles sans entretien peuvent le condamner. C’est pourquoi chaque fissure, chaque défaut dans le système d’évacuation des eaux de terrasse, est une menace mortelle.
Votre plan d’action pour une observation respectueuse
- Points de contact : Identifiez les bases des murs et repérez les zones d’érosion causées par les éclaboussures. Ce sont les « chevilles » d’argile du colosse.
- Collecte : Apprenez à lire les murs. Différenciez les fissures fines de retrait (normales) des larges lézardes structurelles (alarmantes) et notez les traces de réparations anciennes.
- Cohérence : Comparez une zone de mur brut et une autre recouverte d’un enduit de terre plus clair. Cet « enduit de sacrifice » est conçu pour s’éroder à la place du mur porteur.
- Mémorabilité/émotion : Levez les yeux vers les gargouilles en bois ou en terre cuite. Imaginez la force de l’eau qu’elles canalisent et les dégâts si elles étaient bouchées ou cassées.
- Plan d’intégration : En repérant une zone visiblement fragilisée par l’eau, prenez la décision consciente de ne pas vous en approcher, même si le passage est ouvert. C’est votre premier acte de conservation.
Lumière rasante : pourquoi le coucher de soleil transforme-t-il la couleur des Ksars ?
L’heure dorée, la fameuse « golden hour », n’est pas qu’un cliché de photographe. À Aït Ben Haddou, c’est un spectacle physique qui révèle la nature même du bâtiment. Ce n’est pas le mur qui change de couleur, c’est la lumière elle-même. Ce phénomène, connu sous le nom de diffusion de Rayleigh, est le même qui colore le ciel en bleu. Lorsque le soleil est bas sur l’horizon, sa lumière traverse une couche plus épaisse de l’atmosphère. Les longueurs d’onde courtes (bleu, violet) sont dispersées, laissant passer les longueurs d’onde longues (rouge, orange, jaune).
Cette lumière chaude et rasante vient alors frapper la surface texturée des murs en pisé. Chaque grain de sable, chaque fibre de paille, chaque aspérité devient un micro-relief qui accroche la lumière d’un côté et crée une ombre de l’autre. La surface du Ksar, qui paraissait presque lisse et uniforme sous le soleil de midi, se transforme en une dentelle de textures et de volumes. Les teintes ocres de la terre s’embrasent, passant du beige au doré, puis au cuivre et au rouge intense. C’est un dialogue magique entre un matériau brut et la physique de la lumière.
Cette beauté a cependant un revers. Le rapport de suivi de l’UNESCO pour Aït Ben Haddou met en évidence l’hypercentralisation des visiteurs durant cette courte période. Le piétinement intense sur des zones précises pour obtenir la « photo parfaite » accélère l’érosion, surtout après des épisodes pluvieux où le sol est plus meuble. Des organismes comme le CERKAS (Centre de conservation et de réhabilitation du patrimoine architectural des zones atlasiques et sub-atlasiques) travaillent à la mise en place de chemins balisés pour canaliser ce flux et protéger les structures les plus exposées.

Ainsi, admirer le coucher de soleil devient un acte plus profond. Il ne s’agit pas seulement de capturer une belle image, mais de comprendre comment la lumière sculpte l’architecture et comment notre présence, en quête de cette lumière, doit être gérée pour ne pas détruire ce que l’on est venu admirer. Choisir un point de vue légèrement moins « parfait » mais autorisé est une façon de participer à cet effort de conservation.
Entrée payante ou guide local : quel est le meilleur moyen de financer la restauration des lieux ?
La question du financement de la conservation est au cœur de la survie des ksars. En tant que voyageur, chaque dirham que vous dépensez peut soit contribuer à l’érosion, soit financer la prochaine couche d’enduit protecteur. Il n’y a pas de réponse unique, mais une combinaison de choix éclairés. Souvent, la question se pose : vaut-il mieux payer un ticket d’entrée officiel ou les services d’un guide qui vous fait découvrir les lieux ? La réalité est plus nuancée et implique tout un écosystème économique local.
Payer le droit d’entrée officiel, lorsqu’il existe, garantit qu’une partie des fonds est, en théorie, allouée à l’entretien géré par des instances nationales ou régionales. Cependant, la part réellement réinvestie sur le site et l’implication des communautés locales peuvent être limitées. Engager un guide local certifié, membre d’une association de village, permet souvent un soutien plus direct. Une partie de sa rémunération est reversée à la communauté pour des projets collectifs, incluant l’entretien des espaces communs du ksar. C’est un excellent moyen de s’assurer que votre argent bénéficie à ceux qui vivent et entretiennent le site au quotidien. Choisir de séjourner dans une maison d’hôtes au sein même du ksar ou d’acheter de l’artisanat produit sur place sont également des formes de contribution puissantes. Cela permet de maintenir une vie économique et sociale, justifiant pour les habitants de rester et de préserver leur habitat.
La meilleure approche est donc de diversifier ses contributions. Payer l’entrée si elle est requise, engager un guide certifié pour la richesse de ses explications et le soutien à l’emploi local, et privilégier les commerces et hébergements qui sont tenus par les familles du ksar. Comme le souligne le CERKAS dans le rapport 2024 de l’UNESCO sur l’état de conservation, la tendance est de renforcer la gestion locale pour que les revenus du tourisme irriguent directement les besoins de conservation.
L’analyse suivante, inspirée des travaux d’organismes comme CRATerre, montre les différents impacts de chaque modèle de financement :
| Modèle de financement | Revenus moyens annuels | Part reversée à la conservation | Impact communautaire |
|---|---|---|---|
| Entrée payante officielle | Variable selon gestion | 20-30% (gestion étatique) | Faible implication locale |
| Guides locaux certifiés | 60-100 DH par visite | 10-15% via associations | Emploi direct de villageois |
| Hébergement traditionnel | 300-500 DH par nuit | 5-10% indirect | Maintien des familles sur site |
| Artisanat local | Variable | Conservation par l’usage | Transmission des savoir-faire |
Ksar ou Kasbah : quelle est la différence fondamentale entre ces deux forteresses du désert ?
Les termes « Ksar » et « Kasbah » sont souvent utilisés de manière interchangeable par les voyageurs, et pourtant, ils désignent deux réalités architecturales, sociales et politiques radicalement différentes. Apprendre à les distinguer, c’est passer du statut de simple spectateur à celui de lecteur du paysage. La différence n’est pas une question de taille ou de beauté, mais de fonction et de structure sociale.
Le Ksar (pluriel : Ksour) est un village fortifié communautaire. C’est une création collective, conçue pour abriter plusieurs familles, souvent de statuts égaux. Son organisation spatiale reflète cette vie en communauté : des maisons imbriquées les unes dans les autres pour se protéger de la chaleur et des ennemis, des ruelles étroites et labyrinthiques, mais surtout, des espaces collectifs essentiels. Un vrai ksar possèdera toujours une mosquée, une place publique, un four à pain commun, un cimetière et, élément crucial, un grenier collectif fortifié (agadir) où chaque famille stockait ses récoltes en sécurité. Le Ksar est une expression de démocratie agraire et de défense mutuelle.
La Kasbah, en revanche, est la résidence fortifiée d’un seul chef ou d’une seule famille dominante (comme un caïd ou un pacha). C’est un symbole de pouvoir et de contrôle sur un territoire. Sa structure est hiérarchique : des appartements richement décorés pour le maître, des quartiers pour les serviteurs, des bureaux administratifs, des prisons et des entrepôts. Si un ksar est un organisme horizontal, une kasbah est une pyramide verticale. Elle est souvent plus ornementée, avec des tours plus hautes et des décorations plus ostentatoires, car elle doit afficher la richesse et l’autorité de son propriétaire.
Étude de cas : Aït Ben Haddou vs. Kasbah de Taourirt
Ces deux sites, proches de Ouarzazate, sont l’illustration parfaite de cette différence. Aït Ben Haddou est l’archétype du Ksar. Il abritait autrefois près de 150 familles qui partageaient tous les espaces communautaires, prenant les décisions ensemble. Sa structure est dense, organique, presque égalitaire. À l’inverse, la Kasbah de Taourirt était le siège du pouvoir du pacha Thami El Glaoui. C’est un dédale de plus de 300 pièces qui servaient à loger sa famille, sa cour, son administration et ses soldats. C’était un centre de pouvoir qui régnait sur toute la région, et non un lieu de vie pour une communauté de pairs.
Hébergement en pisé : est-ce confortable et sûr de dormir dans une maison en terre ?
L’idée de dormir dans une « maison en terre » peut évoquer des images de rusticité extrême, d’inconfort ou même de danger. C’est une perception largement façonnée par notre vision moderne de l’habitat, où le béton et le verre sont rois. En réalité, une maison en pisé bien construite et entretenue offre un niveau de confort et de sécurité souvent supérieur à celui de nombreuses constructions modernes, surtout dans un climat désertique. C’est un concentré de sagesse bioclimatique.
Le principal atout est le confort thermique passif. Grâce à l’extraordinaire inertie thermique des murs épais, l’intérieur d’une maison en pisé reste frais pendant les heures les plus chaudes de la journée et tiède pendant les nuits froides. Des études sur l’habitat en pisé traditionnel démontrent une régulation thermique naturelle maintenant une température intérieure entre 18 et 22°C toute l’année, sans climatisation ni chauffage. C’est un environnement sain, où l’hygrométrie (le taux d’humidité de l’air) est également régulée naturellement par la terre, qui absorbe ou relâche l’humidité ambiante. Cela crée une atmosphère respirante, loin de l’air sec et artificiel des hôtels climatisés.
Quant à la sécurité, un Ksar est par définition une forteresse. Les murs, s’ils sont bien entretenus et protégés de l’eau, sont extrêmement solides et résistants. Un bâtiment en pisé ne risque pas de « s’effondrer » subitement s’il est sain. Les risques proviennent de l’abandon et du manque d’entretien, notamment des infiltrations d’eau par le toit. En choisissant de séjourner dans une kasbah d’hôtes restaurée avec soin par des habitants, vous ne faites pas que vivre une expérience authentique ; vous participez activement à l’entretien de la structure. Votre présence finance la réparation du toit, le rejointoiement d’un mur, et assure la pérennité du bâtiment.

Dormir dans une maison en pisé, c’est donc redécouvrir une forme de luxe essentiel : le silence, la fraîcheur naturelle, l’obscurité apaisante, et la sensation d’être abrité par un matériau vivant et respirant.
Kasbah d’hôtes dans le Sud : comment vivre l’hospitalité berbère sans geler la nuit en hiver ?
Visiter le Sud marocain en hiver offre des ciels d’une pureté cristalline et des paysages grandioses, mais expose aussi à un défi : l’amplitude thermique. Les journées peuvent être douces et ensoleillées, mais dès que le soleil disparaît, la température peut chuter brutalement, frôlant parfois les 0°C. Comment alors profiter de l’authenticité d’une nuit dans une kasbah en pisé sans sacrifier son confort ? La réponse se trouve dans une combinaison de savoir-faire ancestral et de préparation moderne.
Les Berbères ont développé depuis des siècles des stratégies pour lutter contre le froid. L’architecture elle-même est la première ligne de défense : les pièces sont souvent petites pour conserver la chaleur, les ouvertures limitées, et les épais tapis au sol et sur les murs ajoutent une couche d’isolation significative. L’hospitalité marocaine fait le reste : le thé à la menthe brûlant servi à toute heure, les tajines fumants qui réchauffent le corps et l’âme, et le rassemblement autour d’un brasero dans le salon commun le soir sont des traditions qui ont aussi une fonction thermique. C’est un confort qui se construit collectivement.
En janvier, nous avons séjourné au Kasbah Tebi, une authentique maison en pisé éclairée à la bougie. Malgré l’absence d’électricité, la combinaison des épais tapis berbères au sol, des couvertures en laine traditionnelles et du thé à la menthe servi constamment nous a permis de passer une nuit confortable. L’astuce : se regrouper dans le salon commun autour du brasero le soir avant de rejoindre les chambres préchauffées.
– Expérience hivernale au Kasbah Tebi d’Aït Ben Haddou, Les Paresseux Curieux
Cependant, pour un confort optimal, il est judicieux de compléter ces méthodes traditionnelles par quelques équipements personnels. Un bon équipement ne vise pas à remplacer l’expérience, mais à la rendre pleinement appréciable. Voici quelques essentiels à glisser dans votre valise pour une nuit d’hiver en kasbah :
- Sous-vêtements thermiques : La laine mérinos est idéale car elle isole même humide et régule la température.
- Bouillotte : Un accessoire simple et incroyablement efficace. Demandez à votre hôte de la remplir d’eau chaude avant de dormir.
- Chaussettes épaisses et bonnet : On perd beaucoup de chaleur par les extrémités. Dormir avec un bonnet peut faire une différence radicale.
- Sac de couchage d’appoint : Un « sac à viande » en soie ou un sac léger (confort 10°C) peut ajouter les quelques degrés qui manquent sous les couvertures traditionnelles.
- Stratégie de chambre : Si vous avez le choix, optez pour une chambre à l’étage (la chaleur monte) et orientée au sud pour bénéficier du soleil de la journée.
Conduire dans l’Atlas et le Sud : comment aborder les routes de montagne marocaines en toute sécurité ?
Explorer les vallées et les ksars du Sud marocain en voiture offre une liberté incomparable, mais les routes, bien que souvent spectaculaires, exigent une attention et une préparation particulières. La sécurité ne dépend pas seulement de votre prudence, mais aussi du choix de votre véhicule et de votre compréhension des codes de conduite locaux, qui priment souvent sur le code de la route officiel.
Le premier choix crucial est celui du véhicule. Contrairement à une idée reçue, un 4×4 n’est pas toujours indispensable. Une grande partie des sites majeurs, y compris Ouarzazate ou les gorges du Dadès (partie basse), sont accessibles par des routes goudronnées en bon état, praticables avec une simple voiture de location de type citadine. Cependant, dès que vous souhaitez vous aventurer sur les pistes pour découvrir un ksar isolé ou traverser un oued asséché, un véhicule avec une garde au sol plus élevée (type SUV/Duster) devient nécessaire. Le véritable 4×4 n’est requis que pour les pistes très dégradées ou les itinéraires d’aventure spécifiques. Surestimer ses besoins peut coûter cher en location et en carburant, tandis que les sous-estimer peut mener à des situations délicates.
Le tableau suivant offre un guide pratique pour vous aider à choisir le véhicule le plus adapté à votre itinéraire et à anticiper les défis spécifiques de chaque type de route :
| Type de route | Véhicule minimum requis | Exemples d’itinéraires | Précautions spécifiques |
|---|---|---|---|
| Routes principales goudronnées | Citadine type Clio | Marrakech-Ouarzazate par N9 | Attention aux virages du Tizi n’Tichka |
| Pistes en bon état | SUV type Duster | Ouarzazate-Aït Ben Haddou | Garde au sol nécessaire |
| Pistes dégradées | 4×4 véritable | Vallée du Dadès profonde | Pneus tout-terrain indispensables |
| Passages d’oueds | 4×4 avec snorkel | Certaines pistes vers M’Hamid | Ne jamais traverser après pluie |
Au-delà du véhicule, il est vital d’intégrer les règles de conduite non-écrites. Sur les routes de montagne étroites, le klaxon avant un virage sans visibilité n’est pas une agression, mais un signal de sécurité. Un appel de phares d’un véhicule en sens inverse signifie souvent un danger imminent (accident, animal) ou un contrôle de police. La priorité est tacitement donnée au véhicule qui monte. Et surtout, la règle d’or : éviter absolument la conduite de nuit. L’absence d’éclairage public, la présence d’animaux, de piétons ou de véhicules non éclairés rendent l’exercice extrêmement dangereux. La patience et l’humilité sont vos meilleures alliées : laissez passer les locaux pressés, ils connaissent la route mieux que vous.
À retenir
- La terre crue est un matériau « intelligent » : sa masse thermique la protège de la chaleur, mais sa porosité la rend mortellement vulnérable à l’eau. Chaque visiteur doit se comporter comme un protecteur contre l’humidité.
- La survie d’un ksar dépend d’un écosystème économique fragile. Privilégier les guides locaux certifiés, les auberges familiales et l’artisanat sur site est plus efficace qu’un simple ticket d’entrée.
- Le « slow travel » n’est pas un luxe mais une nécessité. Explorer moins de sites mais en profondeur permet une expérience plus riche et un impact économique plus positif et concentré.
Road trip au Maroc : comment créer un itinéraire équilibré de 15 jours sans passer sa vie en voiture ?
L’une des plus grandes frustrations d’un road trip au Maroc est de passer plus de temps à regarder la route défiler qu’à s’imprégner des lieux. La tentation de « tout voir » en cochant une liste de sites mène souvent à un survol superficiel et épuisant. Pour un voyage de 15 jours, la clé d’un itinéraire réussi n’est pas de maximiser les kilomètres, mais de maximiser l’immersion. Cela passe par l’adoption d’une philosophie de « slow travel » et la stratégie des « hubs ».
Plutôt que de changer d’hôtel chaque nuit dans une course effrénée, le modèle « hub and spoke » (base et rayonnement) consiste à choisir 2 ou 3 camps de base stratégiques et d’y séjourner plusieurs nuits. Depuis chaque « hub », vous rayonnez pour des excursions d’une journée ou d’une demi-journée. Cette approche présente des avantages considérables : vous défaites vos valises, créez un lien avec vos hôtes, découvrez le rythme d’un lieu, et réduisez drastiquement le stress et le temps de conduite quotidien. Une étude comportementale sur l’expérience de voyage démontre que visiter deux ksars explorés en profondeur génère plus de satisfaction que cinq ksars survolés.
Pour un itinéraire de 15 jours dans le Sud, un découpage efficace pourrait être : 4-5 nuits dans la région de Marrakech pour s’acclimater et explorer les contreforts de l’Atlas (vallée de l’Ourika, etc.), suivies de 5-6 nuits dans un hub près de Ouarzazate ou Skoura. De là, vous pouvez facilement dédier des journées complètes à Aït Ben Haddou, à la palmeraie de Skoura, ou aux gorges du Dadès sans précipitation. Enfin, 4-5 nuits dans la région de Merzouga ou Zagora pour une immersion dans le désert. Ce rythme permet non seulement de moins conduire, mais aussi de s’offrir des journées « off », sans programme, pour simplement lire sur une terrasse, se promener dans un village ou discuter avec les habitants. C’est souvent dans ces moments non planifiés que la magie du voyage opère.
Exemple d’itinéraire « Hub and Spoke » réussi
Un couple a testé ce modèle sur 15 jours. Ils ont établi trois bases : une maison d’hôtes près de Marrakech, une kasbah restaurée dans la palmeraie de Skoura, et un camp dans le désert près de Merzouga. En 15 jours, ils n’ont eu que trois longs trajets de « transfert » entre les hubs. Le reste du temps était consacré à des excursions courtes (moins de 2 heures de route aller-retour), leur laissant le temps pour des randonnées, des cours de cuisine, et des siestes à l’ombre des palmiers. Leur bilan : « Nous avons eu l’impression de vivre dans le Sud marocain, pas seulement de le traverser. »
Questions fréquentes sur l’exploration des Ksars
Quelle est la meilleure saison pour visiter Aït Ben Haddou et le Sud marocain ?
Les saisons idéales sont le printemps (mars à mai) et l’automne (septembre à novembre). Les températures sont agréables, le risque de pluie est faible et la lumière est magnifique. L’hiver (décembre à février) est également excellent pour ses ciels clairs, mais il faut être préparé aux nuits très froides. L’été (juin à août) est souvent déconseillé en raison des chaleurs extrêmes qui peuvent rendre les visites pénibles.
Combien coûte l’entrée à Aït Ben Haddou ?
Historiquement, l’accès à la partie ancienne du Ksar d’Aït Ben Haddou était gratuit, bien que certains résidents demandaient une petite contribution pour visiter leur maison. Récemment, un droit d’entrée officiel a été mis en place pour mieux gérer les flux et financer la conservation. Les tarifs peuvent varier, mais il faut s’attendre à un coût modique (généralement entre 10 et 20 dirhams). Il est toujours bon de vérifier les informations les plus récentes avant votre visite.
Peut-on dormir à l’intérieur du Ksar d’Aït Ben Haddou ?
Oui, et c’est une expérience fortement recommandée pour s’imprégner de l’atmosphère du lieu. Quelques familles habitent encore dans la partie ancienne et ont transformé leur maison traditionnelle en petites auberges ou maisons d’hôtes. Dormir sur place vous permet de découvrir le Ksar au lever du soleil et après le départ des foules, une expérience magique et un excellent moyen de soutenir directement les habitants qui préservent le site.